C'est affolant, le seul moment de notre vie où l'on daigne entendre la vérité, la vraie, nous n'y croyons pas.Tu, elle va mourir! C'est inéluctable et pourtant c'est inéluctable, on espère. Je ne sais pas pourquoi, au nom de la Vérité on - qui à toujours tort- vous annonce ceci; pourquoi ne dirait-on pas ce mensonge salutaire, tu, elle va vivre, parce en fait il s'agit de cela. Imaginons l'enfant naissant à qui on martèlerait: "tu vas mourir", c'est un coup à refiler directe en arrière; non, l'enfant on lui conseil de vivre sa vie. Le cancéreux pour lequel il n'y à rien à faire se voit conseiller de "vivre sa mort", une mince affaire, vive l'infarctus! Non content de l'effet d'annonce, d'autres "on" rajoute à ce primo-conseil, un second qui préconiserait de profiter un maximum de la vie; la belle affaire ! Courre, vole, nage, bouffe, baise, crache, tue, dis ce que tu penses et fais ce que tu veux en fait; il est évident que la vie à vivre permet ce genre de délire tout autant qu'il relève de la même évidence que le fait d'avoir un cancer confère cette possibilité de vivre pleinement ce que l'on avait vécu qu'à moitié avant de l'avoir, quel veinard le cancéreux!

Et puis, il y a cancer et cancer; celui bien élevé qui ne contredit pas les statistiques, qui vous emporte dans les temps, gentiment cruel; mais existe aussi le vilain petit crabe, qui n'en fait qu'à sa tête et fait durer le plaisir pour bien se préparer, bien s'habituer à la fin; celui là quand vous l'avez, certains ".ons" vous diront de vous estimer heureux et chanceux de dépasser l'échéance, tout juste s'ils ne vous envoient pas une lettre de rappel : « non mais, il faut pas déconner. » !