On vit des temps bien difficiles
Où se parler n’est pas aisé
Pour se causer c’est pas facile
Communiquer ! Communiquer !

Dans les maisons, dans les chaumières,
On enterre les conversations
Le couple ne s’apprécie plus guère
Que par l’écran d’télévision

Fini la cause communautaire
Que l’on soit deux, trois, quatre ou cent
C’est le vieux jeu du solitaire
Qui remplace la veillée d’antan

Même en amour, c’est regrettable !
Pour du changement, c’est du changement
Que Cupidon ait son portable
Soit ! Vivons! Vivons notre temps
Mais morbleu ! Qu’il le désinstalle
Qu’il le débranche, qu’il pisse dedans
Car dérangé en bacchanale
Il lance sa flèch’n’importe comment.

Parlons enfin, mais parlons francs
De cet engin communiquant
A ces jobards le pratiquant
Un air bien con, bien consternant

Qu’on idolâtre Itinéris
Déesse de l’ouïe, de la liaison
C’est concevable mais peu propice
Aux grands ébats, aux effusions

On peut penser qu’en Olympie
 Si Zeus, Jupiter, la Junon
Avaient porté au pantalon
La chose susdite, la chose « Tel »
Ç’aurait été un beau bordel.
Tous les ragots les popotins
De cocuage chez les saints
Ce sauraient sus en un clin d’œil
Qu’on l’désir pas ou qu’on le veuille
Le monde des dieux serait impie.

Et si l’Patron, si Jéhovah,
Sonnait d’en haut nous d’ici bas
Nous appelait nous les Pauv’zigs
A l’aide d’un de ces machins là
Qui font grossir les poches à Bouygues
Les bons chrétiens perdraient leur foi
Les bons chrétiens n’y croiraient pas;
D’entendre la voix de leur Papa
La voix suprême, la voix divine
Mêlée à celle plus cochonne
De quelques roses téléphones.
La bonne parole ferait grise mine.

Si mes idoles, mon fils, ma fille
Envie auraient de me parler
Je souhaiterais voir leur bout de nez
Ailleurs qu’au bout d’un truc sans fil